Photo Manuel.
M. WORMS
2-e Prix de tragédie. — 1-er Accessit de comédie
Concours du Conservatoire 1904
Photo Manuel.
M. MAXUDIAN
1-er Prix de tragédie. — l-er Accessit de comédie
Concours du Conservatoirve 1904
est devenue insipide à force d’être banale; un autre à Mademoiselle Dangès, gaie et rieuse dans le Caïd, et aussi dans la Colombine de la Surprise de l’Amour, de Poise, une partition un peu vieillotte déjà.
Pour être complet, constatons que Mademoiselle Ennerie a eu un second accessit et que Mademoiselle Duchêne, un bon mezzo-soprano, est restée sur le pavé, hélas!
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Passons maintenant au concours de tragédie-comédie, qui, sans être plus brillant que de coutume, â donné sa bonne moyenne, avec cette remarque qui doit être faite que, contrairement aux précédents, cette fois c’est la tragédie qui, très hau
tement, a dépassé la comédie. Entre les deux compartiments, masculin et féminin, il y a eu balance de mérites.
Du côté masculin, un premier prix a été décerné, sans conteste, à un grand garçon qui porte le nom singulier de Maxudian, — c’est, paraît-il, un Arménien — qui a vingt-trois ans, et est de carrure sérieuse. Il rappelle feu Maubant. Il a dit, avec un bon sentiment dramatique, de la justesse, et de beaux effets de voix sombrés, le monologue de Triboulet, dans le Roi s’amuse :
Ce vieillard m’a maudit!...
c’est un élève de Silvain, et derrière l’élève, il a semblé qu’on voyait se dessiner, vague, la silhouette du maître.
Le second prix a été donné à M. Jean Worms, le fils de l’ancien sociétaire de la Comédie-Française, un bon élève impuissant, sans qualités, dont la figure grimaçante s’énerve en rictus fâcheux.
On a dit : c’est un prix « dynastique », le mot est trop juste.
Un premier accessit à M. Bacqué, qui est un tragique de comédie, pour le rôle de Shylock, du Marchand de Venise, bien détaillé et composé. Un second accessit à M. Grétillat qui ne manque pas d’acquit.
Les tragédiennes sont intéressantes. Le premier prix a été décerné à Mademoiselle Véra Sergine — ce nom sentla Russie.— Mademoiselle Sergine est une belle fille brune, aux yeux expres
sifs, très plastique, à la voix chaude où grondent des notes sombrées. Elle a dit avec une belle expression de fatalité, la tirade de Kassandra des Erynnies, et l’effet de cet admirable morceau a été grand. C’est la première fois, dirai-je, que je l’ai entendu dans la tonalité qu’il exige. Ce rôle fut jadis, en 1873,
bien mal créé à l’Odéon par une comédienne sans talent et sans voix, et je me souviens du désespoir de Leconte de Lisle, en se voyant aussi mal interprété. Il se lamentait dans les coulisses, frappait les portants à coup de poing, en disant : « Cette femme n’est pas une comédienne, c’est un assassin... c’est Charlotte Corday. » Le second prix a été décerné à « l’unanimité » à Made
moiselle Ventura, une tragédienne très prônée à l’avance, et dont le concours dans la Roxane de Bajazet n’a pas donné ce qu’on en attendait. Mademoiselle Ventura qui est Roumaine et porte bien le type de sa race, le nez busqué, les yeux d’aigle et le teint bistré, ne manque pas d’une certaine passion, mais n’a qu’un charme relatif. Elle ne m’a pas paru dans la plénitude de ses moyens.
Deux accessits d’encouragement à Mesdemoiselles Barjac et Myriel.
Passons maintenant au concours de comédie. Il fut terrible et sans pitié. Vingt-huit concurrents, — c’était au moins un tiers