Photo Bert. ,e DOCTEUR (M. Siblot)
l’a ubé
(M. Louis Delaunay)
COMÉDIE-FRANÇAISE. — SIRE. — Acte !•»
Décor de il. Bailly.
DBMS ROULETTE


(M. Félix Huguenot) COMÉDIE-FRANÇAISE


O


SIRE


Pièce en. cinq; actes, en prose, d.e M. HENERI LAVEDAN
quelle que soit l’admiration que l’on éprouve pour l’auteur du Prince d’Aurec, du Marquis
de Priola, du Duel, et de tant de chefs-d’œuvre légers et fantaisistes, il est impossible, en vérité, de ne pas demeurer confondu de sur
prise, à chaque pièce nouvelle, devant les ressources et la variété d’un talent où s’harmonisent les dons les plus éclatants et les plus divers avec l’habileté la plus raffinée et une maîtrise parfaite dans l’art spécial du théâtre. Non seule
ment la pièce que vient de représenter la Comédie-Française est un succès, mais elle est une réussite, car il semble que, dans cette farce historique et sentimentale, qui tient tout à la fois de Molière et de Shakespeare, et ne ressemble qu’à elle-même, M. Lavedan se soit ingénié à jouer, pour nous éblouir, toutes les difficultés.
Ce sont ces difficultés qu’il faut bien voir : on n’en admirera que davantage la dextérité avec laquelle elles ont été tournées.
D’abord, le sujet est mince par lui-même, et ne comporte que peu d amour ; de plus, il ne repose pas sur une réa
lité, mais sur une convention. Son développement est dû à une machination des personnages de la pièce, c’est une comédie qu ils organisent eux-mêmes. Une idée passe dans le cerveau d un médecin et d’un curé : de cette idée naissent les péripéties de Sire, non d’autre chose. Cette formule, qui a beaucoup réussi autrefois, semblait aujourd’hui plus incertaine.
Nous sommes le 21 janvier 1848, dans la maison de Mademoiselle de Saint-Salbi. Cette vieille demoiselle a soixante-trois ans et une idée fixe qui, parfois, menace même un peu sa santé. Entre sa servante Gertrude, sa jeune lectrice Léonie, ses deux fidèles amis, le médecin et le curé, près de la chambre vide de son frère, le chevalier dont on n’a plus de nouvelles, elle ne pense qu’au fils de Louis XVI, le prisonnier du Temple, le Dauphin qui devrait occuper le trône, à la place de Louis- Philippe, l’usurpateur. Pour elle, Louis XVII n’est pas mort. C’est là sa foi ardente, sa certitude mystique. Elle a voué un culte,