Les Concours du Conservatoire


Ils ont été, cette année, d’une bonne moyenne, et, si nous exceptons le concours des hommes pour l’opéra-comique, qui fut plutôt faible, dans son ensemble, ou peut dire, avec quelques réserves, que la série est une des meilleures que nous ayons eues depuis longtèmps.
Pour le « chant », les récompenses ont été nombreuses. Il me paraît qu’elles s’adressent plus aux voix qu’à l’exécution. Des voix, il y en a de fort belles, et on s’étudie à les former, mais de la diction, de « l’art de chanter », il semble qu’on ne se préoccupe guère. A qui la faute? simple
ment à la tendance de l’École moderne, qui substitue unifor
mément l’harmonie — et parfois, quelle harmonie ! — à la mélodie, si bien ou si mal, que l’art du chant devient fatalement l’art de pousser des sons et rien de plus. On a surtout besoin de voix, on cherche donc à faire des voix. Quant à la diction et au style-, cela se relègue au magasin des accessoires... inutiles.
Du côté des hommes, nous trouvons deux premiers prix : M. Levison, élève de Madame Rose Caron. Ce choix a paru causer quelque étonnement au public. Cependant M. Levison est, par exception, à peu près l’unique « diseur » de la pléiade couronnée. Il est de bon physique, et sa voix de baryton, un peu faible, est d’agréable qualité. Son copar
tageant, M. Devriès, de la famille lyrique de ce nom, est un ténor, l’oiseau rare; sa voix manque de sonorité, mais le « chanteur » fait honneur à mon ami Duvernoy, son habile professeur. Il a dit avec succès l’air de Jean, d Hérodiade. — Deux seconds prix : à M. Lafond, solide voix de basse-taille, bien menée; et à M. Simard, voix de baryton suffisante, avec une articulation plus
modeste. Quelques premiers et seconds accessits d’encouragement furent distribués à des élèves qui apportèrent plus de promesses que de réalités.
Du côté des femmes, vingt-deux concurrentes se sont présentées, la séance fut chaude, mais les oreilles ont eu rarement à souffrir, et furent même le plus souvent charmées; quant aux yeux, ils eurent presque tout le temps à se réjouir, car ce fut vraiment concours de jolies femmes.
Trois premiersprix ontété attribuéstà MademoiselleTapponnier, — la fille du chef d’orchestre de ce nom, — excellente musicienne, qui a dit avec beaucoup de simplicité et de talent réel l’air d’Agathe du Freyschut\, elle manque un peu de hardiesse, — à Madame Vergonnet — quelle belle chevelure!! — qui a dit, d’une voix bien timbrée, l’air des Pêcheurs de perles, de Bizet, remis à la mode par Emma Calvé; enfin à Madame Guionie, une blonde exquise, à la voix fraîche et brillante, qui vocalise tout naturellement, comme chante un oiseau. Elle s’est fait entendre dans la valse du Pardon de Ploërmel, où elle lance le trait toujours net et juste, avec un véritable charme d’exé


cution. — Deux seconds prix : à Made


moiselle Foréau, une jolie brune, au tempérament bien théâtral, qui a eu beaucoup de succès dans l’air époumonnant de Fidelio, et à Mademoiselle Duchêne, un mezzo-soprano, presque contralto, car les notes basses sont très belles, un talent ferme et classique, qui semble se spécialiser dans la musique d’Hændel ; l’année dernière elle chan
tait l’air de Xerxès, du maître anglais; cette année, ce fut celui de Héraclès, du même.
Trois premiers et trois seconds accessits ; passons, elles « sont trop », comme à Waterloo, et sur le carreau il reste encore onze concurrentes ; nous les retrouverons l’année prochaine.
Au concours d’opéra, les femmes triomphent sur toute la ligne, les hommes sont battus à plate couture, ils peuvent se pendre, ainsi que le roi Henri IV conseillait de le faire, au brave Crillon. Nous allons donc nous occuper d’abord des femmes, nous n’aurons que quelques mots à consacrer aux hommes, c’est tout ce qu’ils méritent. L’héroïne de la journée aura été
Cliché Caulin Berger.
Mlle duchêne. — 2e Prix de chant ; 2e Prix d’opéra-comique
Cliché Cmiliii Y Berner.
Mmo ol Ionie. — l,r Prix de chant
Cliché II. Manuel.
m 1, tapponnier. — l*p prix de chant
Cliché II- Manuel.
m®° vergonnet. — lop Prix de chant