de pistolet, le fameux coup de pistolet du Mariage ci Olympe, l’étendit à terre, tout le public du Paris de 185 5, y compris ceux qui avaient pleuré abondamment le trépas de Marguerite Gautier
deux ans auparavant, poussèrent le ouf libérateur de la morale offensée, le cri de victoire jeté à la tête de l’éternel danger, la fille vénale de tousles temps et de tous les pays qui brisa tant de
COMÉDIE-FRANÇAISE. — LA COURTISANE. — Décor des actes III et V
Décor de M. Jusscaumc.
Photo Paul Boyer.
cœurs coupables d’avoir aimé en elles leur propre ivresse, et à laquelle trop peu de jeunes gens ont le courage de lancer le dédaigneux congé de Louis Bouilhet :
Tu n’as jamais été, dans tes jours les plus rares,
Qu’un banal instrument sous mon archet vainqueur,
Et comme un air qui chante au bois creux des guitares, J’ai fait chanter mon rêve au vide de ton cœur.
Et maintenant adieu, suis ton chemin, je passe.
Poudre d’un blanc discret les rougeurs de ton front! Le banquet est fini quand j’ai vidé ma tasse;
S’il reste encor du vin, les laquais le boiront.
Mais en notre pays de France, indulgent après tout aux femmes, même déchues, la lyre d’airain ne vibra pas longtemps sous les accents courroucés des auteurs justiciers de la courtisane. Le théâtre s’amusa vite delà cocotte, de la « belle petite ». Il la railla sans y mettre une acrimonie, qui, d’ailleurs, par voie de
représailles, pouvait provoquer la grève des avant-scènes. La Métella de la Vie Parisienne, fille aimable, n’indigne personne, surtout pas l’ami reconnaissant qui qualifie gracieusement ce qu’il a trouvé chez elle « pendant six semaines d’ivresse » : « De l’amour, non, dit-il, ipais ça le valait bien. » Ai-je besoin d’ajouter que les libertés du théâtre contemporain campent dans leurs
cabinets de toilette ou dans les chambres des hôtels du Libre Echange des demoiselles ne se gênant nullement pour parler crûment des dessous de leur métier et pour montrer les autres à un orchestre indulgent. Jugez si pour cette nouvelle génération la Dame aux Camélias n’est pas plus antédiluvienne que notre mère Eve et si la Marco des Filles de marbre ne rimerait pas avec « coco ».
Une courte analyse, acte par acte, va nous dire comment, à son tour, M. Arnyvelde comprend la courtisane.
Le rideau se lève sur une clairière dans une forêt. Des feuilles jaunies tombent à intervalles réguliers sur la mousse. A gauche une cabane rustique, Rambouillet, Fontainebleau, à votre choix,
un des admirables cadres à chasse à courre qui faisaient pousser à François Ier ce beau cri de traqueur de daims et de biches : « Mort je me ferai porter à la chasse dans mon cercueil. »
Taïaut! Taïaut! Le son du cor qu’Alfred de Vigny trouve si triste dans les grands bois, jette une note allègre à l’orêille des grands et petits veneurs Louis XV dont voici la joyeuse halle dans ce paysage de rêve. C’est qu’aussi après l’hallali et la curée ce beau monde vient assister à la délicieuse arrivée au rendez-vous de chasse de la belle Pyrenna, la maîtresse du roi (un roi de rêve comme la forêt). Et c’est justice qu’ils acclament l’ensorcelante créature qui descend lentement dans une artistique chaise à porteurs, faite de roseaux tressés. Et l’on dirait que tous