(Miquette et sa mère), gaies, pimpantes, avenantes, s’efforcent de satisfaire la clientèle. Je vous prie de croire que cette clien
tèle ne s’ennuie point. Le sous-préfet se fournit là de ses londrès; l’instituteur, de ses bastos; les dames de la ville, des der
niers potins du Mail ou du Cours. Viennent aussi dans la
boutique : le vieux marquis de la Tour Mirande, ancien beau de l’Empire, — tout un passé, — et son jeune neveu, Urbain de la Tour Mirande, timide, indécis, neurasthénique, — tout un avenir.
Parmi le va-et-vient des clients, l’achat, la vente des cigarettes, des cartes postales, des billets de loterie... l’intrigue se noue,les caractères se dessinent, la pièce, la jolie piècee se met en mouvement. A quoi rêve Miquette ? Au théâtre (elle sait le Cid par cœur), au petit-neveu marquis (il lui achète chaque jour maint accessoires de fumeurs), à sa vie, à elle, à son avenir, à sa destinée amoureuse? Que sais-je...? A sa mère aussi, qu’elle aime avec toute la réserve sentimentale de son petit cœur. A quoi rêve Madame Grandier, la mère ? A sa Miquette d’abord, à sa petite fille si rêveuse, si ardente et si exposée ; puis encore à sa
propre maturité fringante, qui ne deman
derait qu’à se muer en une seconde jeunesse demain.
Pour tout dire, les deux femmes charmantes, la mère et la fille, pia fient ou chauffent pour des destinées inédites. Au vieux marquis, à son jeune neveu godiche de réaliser ces destinées.
Cela ne tarde pas. En une adorable scène si comique, si humaine, si spécialement
générale, la timidité du petit Urbain, la sensibilité de Miquette, se heurtent, puis s’amalgament, puis s’exaltent... C’est l’amour!... Fureur du vieux marquis, qui
vient pour détruire un tel accord, à l’instar d’un héros de grande comédie ! Mais qu’elle est gentille Miquette ! Qu’il s’émeut vite, le
vieux beau de l’Empire! Si vite, que le moraliste fait bientôt place à l’homme, au vieil homme. Les paroles douces, trop douces, succèdent aux paroles violentes, trop violentes. Si Miquetlè le souhaite, le vieux marquis l’emmèneraà Paris,dans son propre hôtel, l’installera, la lancera au théâtre ? « Et Urbain ?... — Urbain, mon neveu? mais il est fiancé à une riche héritière !... » Quel désastre ! A ce coup, Miquette suit le vieux, abandonnant son chien, sa servante et sa mère; tous trois les rejoindront bientôt.
Et les voici à Paris. La voici d’abord, elle Miquette, toute seule, toute seule en face de l’ogre : entendez le vieux ravisseur.
C’est le lendemain du départ de Château- Thierry. La nuit précédente, dans sa chambre, Miquette n’a point osé dormir.
Elle attend sa servante, elle attend son chien, elle attend sa mère! Que n’attendelle pas ?
Mais le vieux marquis se présente. Lui aussi a mal dormi. Cette petite, cette jolie petite-là sous son toit... Ah! il n’est plus question de plaire à d’autres. Les maîtresses
strictes, parfaites, touchant la vie et les êtres; on ne dialogue pas avec cette «quotidienneté» aisée, riante; on ne crée pas une vingtaine au moins de bonshommes qui sont tout l’homme ; de petites femmes qui sont toute la femme, — et leurs femmes à eux, — pour se voir nécessairement remplacés par deux jeunes successeurs qui « continuent leur art » ! Quelque exquisement doués que soient ces successeurs, et encore que le même petit temple grec les accueille! D’autant, qu’ils témoignent, ces descendants, d’une assez vive originalité jeune, pour tenter une aventure nouvelle, à leurs pertes et profits.
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Me voici donc à mon aise pour parler de Miquette, œuvre nouvelle de deux écrivains très nouveaux, MM. de Caillavet et de Fiers, qui ne sont les successeurs de personne, mais qui pourraient bien être les prédécesseurs de quelques-uns demain...
Miquette, c’est la petite, tenancière d’un bureau de tabac à Château - Thierry. Du matin au soir, les dames Grandier
Photo P. Boyer.
PIERRE (M. Petit)
VARIÉTÉS. — MIQUETTE ET SA MÈRE