Récréations maritimes à bord du Friedland.
Monsieur le Directeur,
l’ai l’honneur de vous adresser quelques croquis maritimes rappelant les principaux épisodes des di
vertissements auxquels se livrent nos braves marins de la mer Noire, quand l’occasion se présente de s’abandonner à leur bonne humeur. Ces croquis ont été pris le la août, le jour de lal ète de l’Empereur; je ne pouvais trouver une meilleure occasion, quoique les occasions 11e man
quent pas ; mais ce jour-là le spectacle était complet.
Voici, du reste, un résumé de la manière dont tut em
ployé ce jour de fête de Sa Majesté.
Des dispositions antérieures avaient été prises et réglaient le programme de la journée. A huit heu
res les navires des trois puissances saluèrent le grand pavois et leur triple pavillon de vingt et un coups de canon. Le service divin, l’inspection, et enlin les derniers préparatifs employèrent la matinée,
que termina à midi une seconde salve d’artillerie. Mais le dîner des équipa
ges est fini, les matelots sont plus joyeux que d’habitude, on devine sans pei
ne que la ration de vin a été doublée, examinons un peu leurs divertissements.
Ici ce sont des jouteurs à la course ; les concurrents, enfermés dans des sacs, n’ayant que la tête de li
bre, luttent de vitesse et
d’agilité pour obtenir le prix réservé. Beaucoup d’appelés, peu d’é- lus ; un coup d’épaule, un rien suffit, et, jeté à terre, le concurrent malheureux fait de vains efforts pour se relever, au bruit des ap
plaudissements et des rires frénétiques des nombreux spectateurs de cette lutte burlesque.
Plus loin, un vulgaire cochnn a été lancé à la mer, après avoir été enduit d’une forte couche de suif. Aussitôt cent Viageurs ( mérites ont abandonné les lianes du vaisseau, oii ils sont bientôt rem
placés par tout un équipage avide de ces rares distractions. Le prix doit être remporté par celui qui, saisissant l’animal par la queue,
pourra parvenir à le ramener à bord. Le fugitif est bon nageur, et d’ailleurs le suif, dont est copieusement frotté l’appendice régle
Des mâts de cocagne sont pendus verticalement au bout d’une vergue ; leur extrémité basse enfonce un peu dans l’eau. Les grimpeurs doivent d’abord aller au mât à la nage. Voilà la colonne qui se forme et commence à s’éle
ver; mais ici la terre 11’est pas là pour soutenir le der
nier , les forces manquent et tous disparaissent dans les îlots sous une triple salve de quolibets.
Des luttes plus sérieuses auraient dù avoir la première place dans mon récit. — De nombreux ri
vaux, les meilleurs tireurs au canon et à la carabine, se sont bravement faits in
scrire pour se disputer les prix qu’une forte cotisa
tion de la part des officiers de l’armée navale permet de donner aux vainqueurs.
Dans cette noble lutte, tous sont habiles, ce n’est plus à qui parviendra an but, mais à qui le touchera le mieux. Les vainqueurs. outrele prix réservé,voient le navire auquel ils appar
tiennent salué de deux coups de canon.
D’autres prix sont également remportés par les héros d’une régate-mons
tre, entre, toutes les rapides embarcations de l’escadre.
La journée se termine par de nouvelles salves gé
nérales, qui, au moment où le soleil disparaît sous l’horizon, accompagnent la rentrée des couleurs al
üliées.
Voici enfin la soirée arrivée. C’est alors que doit avoir lieu le divertissement par excellence.
Les vaisseaux amiraux reçoivent 1 ! Il y aura bal paré et masqué.
Lescoteaux verdoyants d’Aloustaont fourni des guirlandes de toutes sortes ; des pav illons aux mille couleurs se transforment en ten
tures et lambrequins autour des faisceaux d’armes et des trophées militaires ; des baïonnettes sont habilement groupées en lustres scintillants ; et garnies de myriades de bougies. Le pont devient une im
mense salle de bal. La dunette, place réservée, forme « les premières loges; >. les bastingages viennent ensuite, et les haubans, devenus perchoirs, méritent fort bien leur nom de « poulaillier. »
La course en sacs.
mentaire, rend l’opération extrêmement difficile. Inutile de dépeindre les rires et la jubilation des spectateurs. 11 suffit, pour se re
présenter de pareilles joies, de penser aux plaintes et à la qualité du patient, à cette joute dont le premier point est une prise de. posses
sion déjà fort comique en elle-même, aux efforts du prisonnier qui s’échappe souvent au port, jusqu’à ce qu’exténué et sans suif, il lui faille subir une honteuse remorque.
Quelques vaisseaux ont savonné des mâtereaux flexibles et les font sortir par un sabord à plusieurs mètres au-dessus de la mer. Le gagnant doit pouvoir arriver jusqu’à l’extrémité du mâtereau.
Si les chutes sont peu dangereuses, elles sont, en revanche, sans nombre, et souvent peu gracieuses.
Bal costumé. — D’après les croquis de M. H. de la Laurencie, enseigne sur la canonnière la Fusée.