Les Pêcheurs (1898).


HENRI-EDMOND CROSS




L


a furieuse ardeur d’innombrables jaunes, l’acuité stridente de roses, la tendresse
éperdue de verts et d outremers pâles, dégradés indéfiniment, la folie d’un rouge sang, la témérité d’un cobalt pur, ce sont les transports de joie ou d’angoisse d’une âme identifiée à la peinture. L’œuvre de Cross que l’on a déclaré a priori trop raisonné et froidement décoratif est profondément humain. Il saura prouver à ceux
qui définissent la teinte un aimable élément de diversité, le grand pouvoir .expressif de ses dominantes et de ses groupements, le rapport strict de ses tensions et de ses heurts avec les plus précises phases de nos émois. Tous les beaux tableaux de Cross sont des cris, des hymnes, des sanglots, des sourires.
Un sentiment de sensualité jeune et fraîche, dans Printemps (1904), s’exprime par les dégradations lentes et caressantes de verts tendres, donnant naissance aux courbes répétées des buissons et des arbres en fleurs qui se succèdent jusqu’aux fonds roses; leur ronde voluptueuse, s’alanguit encore par un contraste de ton, de ligne, avec l’émeraude intense des cyprès, érigée au centre.