Ce que coûte un bal ! On ne l’a jamais bien calculé. Nice et Menton sont remplis de charmantes créa
tures qui s’en vont tousser, là-bas, sous le soleil, parce qu’un refroidissement pris au bal les condam
nent au Midi, au petit lait et à la mer bleue. Quand on lance à travers la ville ces bouts de carton où Stern a gravé ces deux simples mots : On dansera, — c’est comme si l’on expédiait, par la poste à ses intimes, des prospectus de médecins.
« Glaces et sorbets. Bronchites et Pneumonies. Quadrilles et Angines. M. et Mme... resteront chez eux le... On toussera! »
On toussera, — le lendemain. Ce pourrait être la formule officielle. Mais toutes les maladies des bronches et du larynx fussent-elles là, rangées en ba
taille, qu’elles n’empêcheraient pas nos femmes et
nos sœurs d’aller au bal et de tout braver — fût-ce l’incendie d’une robe de dentelles et le supplice de la pauvre martyre Mlle Sipière. La vie mondaine a ses héroïsmes comme la guerre ses héros.
Je proposerais volontiers que nos élégantes eussent en même temps qu’un carnet de bal, un livret, comme au régiment (il pourrait être relié par un artiste et doré sur tranche) et l’on y lirait, selon l’àge et la célébrité des porteuses, des titres d’honneur comme celui-ci :
« Vingt hivers. Sept cent vingt-deux bals. Quatorze bronchites. Trois pleurésies. Cent vingt coryzas. »
Campagnes et blessures de la Parisienne pursang!
Il faut bien combattre quand on est à marier ou qu’on a une fille à marier.
Quand une Parisienne a marié sa fille, elle est promue au maréchalat. Puis elle est mise en disponibilité, fait tapisserie, cette retraite des jolies femmes.
— Le bal, me disait la marquise de D..., c’est toujours charmant : quand on est jeune, c’est le cœur qui danse, quand on est vieille, c’est l’esprit qui valse... la valse des souvenirs! Et il y aura des bals tant qu’il y aura des femmes, c’est-à-dire longtemps!
Longtemps?...
J’espère bien qu’on peut dire toujours.
Rastignac NOS GRAVURES
LE RÉVEIL
Avril a commencé sa chanson; clans les prés, dans les bois, partout la nature s’éveille et secoue son engourdis
sement. Désireux de donner une forme à cette expansion de la vie qui entraîne les gens et les choses, l’artiste a eu l’idée d’en chercher la personnification dans l’image de la jeunesse gaie et heureuse, et c’est dans l’encadre
ment d’une fenêtre qui vient de s’ouvrir, qu’il nous montre écartant de la main la lourde draperie, l’adorable enfant
en qui se résument toutes les grâces, toutes les fraîcheurs et aussi toutes les innocences de la beauté qui s ignore.
« Printemps, jeunesse de l’année; jeunesse, printemps de la vie »,a dit le poète ; et voyez comme l’imagination du
peintre a su traduire en un même modèle toutes lespensées qu’évoquent les mots de jeunesse et de printemps. Chaste dans son déshabillé matinal, sérieuse sous le sou
rire qui entr’ouvre ses lèvres, la belle fille a déjà dans le regard ce charme qui ne se définit pas, cet on ne sait quoi de profond qui (rouble et ravit; enfant qui se réveille et femme qui s’éveille, ajouterait le poète.
INSTALLATION DE M. PASTEUR A VILLENEUVE
L’ÉTANG
Le 19 mai 1881, M. Pasteur soumettait à l’Académie des sciences et à l’Académie de médecine les résultats de ses expériences sur les inoculations préventives de la rage. En même temps, sur sa demande, une commission officielle était chargée de contrôler ces résultats. Tous les chiens déclarés réfractaires par l illustre savant, de
par l’immunité qu’il leur avait-.conférée, résistèrent aux épreuves d’inoculation avec les virus les plus forts, tandis que la plupart des chiens soumis aux mêmes épreuves sans avoir été vaccinés, moururent enragés.
Avant d’expérimenter sur l’homme le vaccin de la terrible maladie, M. Pasteur avait encore à rechercher quelle est la durée de l’immunité résultant de l’inocula
tion préventive avec un virus atténué, et surtout si, après avoir été mordu, celte inoculation peut être effi
cace à annuler l’action du virus inoculé par la morsure.
Mais on conçoit qu’en pareille matière rien ne pouvait se faire de rigoureux sans le temps et sans le nombre.
Le laboratoire de l’Ecole normale étant devenu absolument insuffisant, le gouvernement fit adopter par les Chambres un projet de loi désaffectant le domaine de Yilleneuve-l’Etang pour le confier à M. Pasteur. On se rappelle les protestations assez vives que soulevèrent alors cette décision. Les habitants de quelques com
munes environnantes prétendirent que cette installation dans leur voisinage pouvait compromettre leur sécurité ou éloigner les promeneurs de ces parages. De sem
blables objections étaient sans fondement. M. Pasteur n’envoie, en effet, dans ce domaine que les animaux rendus préalablement réfractaires à la rage par la vaccination et qu’il désire conserver longtemps pour s’assurer de l’efficacité de sa méthode. En outre, tous ces animaux sont soigneusement enfermés dans des cages en fer dont ils ne sortent que lorsqu’on en a besoin à l’Ecole normale pour de nouvelles expériences.
Sans cet établissement, qui ne présente absolument
aucun danger, les recherches de M. Pasteur eussent demandé beaucoup plus de temps et nous ne jouirions
point encore des bienfaits de cette admirable méthode qui a déjà sauvé la vie à nombre de nos semblables. En opérant ainsi plus en grand, sans être obligé d’échelon
ner ses expériences, M. Pasteur a peut-être gagné deux
années. Dès le mois de juillet dernier, il se décidait à tenter sur le petit Joseph Meister la méthode qui lui avait constamment réussi sur des chiens; depuis lors, plus de cent vingt personnes sont venues se faire traiter par notre illustre compatriote. Combien do malheureux auront été préservés ainsi de la plus affreuse des agonies!
Depuis la guerre de 1870, la propriété de Villeneuvel Elang était restée abandonnée; le château se trouve même aujourd’hui dans un état de délabrement complet. Le laboratoire de M. Pasteur est installé dans les an
ciens communs du domaine, au premier étage ; les cages
des chiens y occupent, au rez-de-chaussée, une vaste
salle qui servait autrefois d’écurie. Tous ces animaux restent toujours isolés les uns des autres. Ils sont actuellement au nombre de soixante-dix à quatre-vingts.
Ch. T.
DÉCOUVERTE D’UNE STATUE DE JUPITER
A CHERCHELL (ALGÉRIE)
Tout récemment (en décembre 1885) des soldats qui remuaient de la terre à Cherchell (Tantique Julia Cœsarea) mirent à jour une statue de marbre, actuellement transférée dans le jardin du cercle militaire. Mesurant
1 m. 95 de haut, elle comprend deux parties : 1° la tête et le torse modelé avec un soin spécial; 2° le reste du corps recouvert d’une draperie dont les plis indiqués sommairement attestent une basse époque. Un bandeau ceint la longue chevelure du dieu, dont quelques boucles sont brisées malheureusement, ainsi que le nez. La façon symétrique dont cette chevelure est plantée sur un front harmonieux, moins large qu’élevé, la barbe, les pecto
raux puissants symbolisant la force divine, tout rappelle les statues de Jupiter connues/Le dieu est assis. Il a le regard tourné à gauche. Les bras sont mutilés; l’un, des
cendant le long du corps tenait’peut-être des foudres; l’autre levé et plié devait porter la statuette de la victoire ou un sceptre. Sur le côté, à la hauteur de l épaule
et de la ceinture, sont deux faces plates, percées de trous arrondis qui gardent encore des traces de boulons. A la statue étaient rivés des emblèmes, ou le mur d’une niche, ou peut-être une autre statue. Bien que le marbre saccharoïde dont elle est faite se rencontre à Eilfila (près de Philippeville) aussi bien qu’à Carrare, il est probable que nous avons affaire, non à une œuvre exécutée en Afrique, mais à une de ces copies qu’on exportait de Rome ou d’Athènes. A défaut d’originaux, Juba 11, roi de Mauritanie et gendre d’Antoine et de Cléopâtre, en fit venir un grand nombre pour décorer Julia Cœsarea, sa capitale. On en a déjà retrouvé plusieurs : le Faune
dansant, le Tireur cfépine, etc. Du même endroit provient ce beau morceau, ornement de la cour mauresque du musée d’Alger, et qu’on désigne sous le nom de Vénus de Cherchell. Notons que ces statues ont toutes été dé
couvertes par hasard. Ne serait-il pas temps de pratiquer des fouilles méthodiques, soit dans le Cirque et les Thermes, soit à l’emplacement présumé de la résidence royale? Dès -18(11, Beulé souhailait qu’on les entreprit. Non seulement on trouvera à Cherchell, lisons-nous dans son Rapport sur des Fouilles à Carthage, les répétitions des antiques que possèdent nos musées, répétitions très satisfaisantes, puisqu’elles sont du siècle d’Auguste, mais il est permis d’espérer (et c’est là un espoir merveilleux) des copies d’antiques que nous avons perdus.
Victor Waille.
LES PREMIERES ARMES
Oh ! qu’elles ont laissé un doux souvenir au cœur, ces premières armes, dont la veillée fut si riche d’espérances! Et comme il est fier, le beau baby aux longues bou
cles blondes, à cheval sur le brave César, le sabre au côté, le fusil en bandoulière ! Heureux âge où la vie n’a que des sourires! Pour lui,Te passé n’a pas encore com
mencé d’exister ; toutes les joies sont entières; il peut s’y abandonner sans craindre, à chaque anniversaire, de sentir une larme perler au coin de sa paupière !
NOTES ET IMPRESSIONS
Le problème de la politique n’est pas de supprimer le mal ou de transformer le monde, mais de faire prévaloir le bien dans le monde tel qu’il est.
Ch. de Rémusat.
Le monde a beau vieillir, il ne change pas; il se peut que l’individu se perfectionne, mais la masse de l’espèce ne devient ni meilleure ni pire.
Diderot.
La noblesse ne doit redouter ni peines ni sacrifices quand il s’agit do la patrie; c’est à elle à donner l’exemple.
Axel Oxenstiern.
* *
Il en est de la démocratie comme de la philanthropie : elle fait une œuvre qu’elle ne. connaît pas.
Ed. Scherer.
Il faut le prendre de très haut avec les hommes assemblés pour discuter des intérêts. H n’y a pas de milieu : on est leur jouet ou leur maître.
J. Simon.
La médisance est encore le plus grand lien des sociétés.
E. ET J. DE GONCOURT. *
* *
Il y a deux choses que nous aimons également, en France, bien qu’elles semblent s’exclure, médire de la mode et la suivre.
A. Antiioine.
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Le temps est un grand maître, dit-on, le malheur est qu’il tue ses élèves.
Hector Berlioz.
Rester honnête dans une discussion est chose moins facile qu’on ne pense; pour échapper à la défaite, tous les moyens semblent bons.
G. Hagen.
Préférer les dangers aux inconvénients peut être d’un brave; se jeter dans les uns sans échapper aux autres est d’un fou.
Il y a deux choses dont il faudrait nous abstenir par patriotisme : la mauvaise musique de Wagner et la bonne bière allemande.
G.-M. Valtour.
STATUE ANTIQUE TROUVÉE A CHERCHELL (ALGERIE)
D’après un croquis de M. Georges Landelle.