DÉBARQUEMENT DE TROUPES TURQUES DANS LE PORT DE SALONIQUE
LES ARMEMENTS DE LA GRÈCE ET DE LA TURQUIE
Dansnotre bulletin politique de cette semaine, nous constatons le refus de la Serbie, de la Bulgarie et de la Grèce de se conformer à l’invitation de désarmement formulée par la note col
lective des grandes puissances,en date du ii janvier. Devant ce refus, les grandes puissances, ou du moins la majorité d’entre elles, ont, sur la pro
position de la Russie, décidé l’envoi d’une nouvelle note plus énergique que la première. Mais cette note n’aura évidemment pas plus de succès que la première, si elle ne laisse pas en
trevoir la possibilité d’une contrainte.
Contiendra-t-elle cette menace,comme le demandent les organes russes ? Là est la question ; sur ce point, certaines
puissances hésitent et, d’accord avec elles, l’opinion publique, surtout en Autriche,sem
ble opposée à toute idée d’occupation et d’intervention.
Toutefois, l’Angleterre n’a pas éprouvé ces hésitations, car, sans attendre une action collective, son gouvernement vient de faire remettre à M. Delyanni, un télé
gramme, dans lequel il est dit qu’en cas d’une attaque non motivée de la Grèce contre la Tur
quie, il interviendrait pour l’empêcher, et cela avec le consentement de l’Allemagne. Cette me
nace a vivement soulevé l’opinion publiqueà Athè
nes et le gouvernement grec a répondu qu’il re
pousse l’ingérence de l’Angleterre. En vain les grandes puissances sont venues depuis à la res
cousse, la situation en
Grèce se tend de plus en plus.
Ce qu’il y a de sûr, c’est que les armements continuent; et, en pré
« L’ARCADIA » ALLANT MOUILLER DES TORPILLES DANS LA RADE DE SALONIQUE
LA PORTE NEUVE A SALONIQUE
D’après les croquis de M. Pompon, correspondant de l Illustration.
sence d’un conflit toujours possible entre la Grèce et la Turquie, nous croyons intéressant de donner aujour
d’hui différentes vues des deux villes où se concentrent les troupes du roi Georges et celles du sultan.
Salonique, objet de bien des convoitises, et principal port de mer de la vieille Macédoine, s’élève au pied des hautes terres ducaplvara-Bournou ; il est dominé par quatre grands som
mets mythologiques : Olympe, Athos, Pelion et Ossa.
L’antique cité s’étale sur deux montagnes jaunes et arides, comme une tache grise hérissée de pointes blan
ches qui sont des minarets et de pointes noires qui sont des cyprès.
Au-dessus dé l’amas de maisons orientales couvertes de moucharabiés (fenêtres grillées) se dresse la ci
tadelle. Sur la droite, et dominant le port,la Tour Blanche, anciennement Tour du Sang où sont détenus des Bulgares prisonniers politiques.
En arrière et comme fond de tableau,d’innom
brables cimetières, avec leurs milliers de turbès ( bornes-funéraires ) en granit rose ou en marbre blanc.
Salonique est une ville importante par sa popu
lation et le commercequ’elle entretient avec l Occident, avec l’Autriche surtout.
La population juive, à elle seule, atteint le chiffre de soixante mille
âmes. On y trouve un évêché, un séminaire bulgare, dirigé par des Lazaristes qui en outre enseignent encore le français dans une école de garçons.
Des sœurs, françaises