ANTONIO DE LA GANDARA


L҆elégance moderne trouva dans l’impressionnisme une expression vive, im
prévue, savoureuse, et surtout pleinement française: car on reconnaîtra plus tard que ce grand mouvement n’a pas seulement renouvelé la technique, mais encore qu’il est remonté, d’un seul effort admirable, à la véridique tradition nationale, faussée par le néo-italianisme de l’école de Fontainebleau, l’autoritaire poncivité du siècle de Louis XIV, et le goût du Consulat et de l’Empire, en se reliant à la noble époque du réalisme caractériste français et aux quelques maîtres du XMIIIe qui s’en souvinrent.
L’impressionnisme de Manet, de Degas et de Renoir a glo
rifié le poème de la femme
de France dans les décors et les modes contemporains.
Renoir surtout à ce point de vue a fait des chefs-d’œuvre
avec les femmes attifées à la façon des couturiers de 1867 à 1880. Cette élégance rieuse, d’une grâce alanguie ou vi
vace, ennuagée d’écharpes de l҆Inde, florale par l’épa
nouissement des crinolines, ridicule avec délicatesse par l’artifice des ombrelles minuscules et des petits cha
peaux inclinés sur le front au plan oblique des hautes coiffures étagées, cette élégance des valseuses et des sentimentales d’avant l’année ter
rible, les portraits de Manet et de Renoir l’ont définie avec une exquise licence de tona
lités claires. Mais l’élégance s’est transformée. Elle s’est
intellectualisée. Une sobriété un peu sombre est devenue sa suprême vertu, et ce n’est pas une vertu française. En même temps qu’au célèbre
Salon des Refusés de 1867 se groupaient les Manet, les Legros, les Fantin-Latour, les Renoir, un étranger apparaissait, discret et éteint, avec un portrait de pensive jeune fille en blanc re
flétée dans une glace au crépuscule, et n’offrant dans sa symphonie mélancolique qu’une note un peu vibrante, celle d’un écran japonais pen
dant à sa main comme une fleur. Cet étranger était M. James Whistler — et c’était un homme
A DE LA GANDARAAU LUXEMBOURG